Jo Winter - Michel Danton

Recouvrance

Jo Winter
Michel Danton

Format 21 x 21cm
20 pages, intérieur 250g


« Je sentais néanmoins qu’il y avait quelque chose dans la société dont on ne parlait pas, quelque chose qui devait être très cruel et insupportable à nommer.
La prise de conscience de l’extermination fut un coup d’arrêt à l’insouciance d’une enfance paisible et heureuse… Dès lors, la douleur qui m’habita ne me quitta plus.
Ma bouée de sauvetage fut l’art!
Des années de peintures, puis le crayon noir était tellement fascinant que j’abandonnais la peinture… Après le crayon, j’ai utilisé l’encre de Chine et les papiers calques.
Depuis une dizaine d’années, je pratique la sculpture, en travaillant uniquement le bois avec pour seul outil la tronçonneuse. »
Jo Winter est né en Allemagne à Munderkingen en 1949
 extraits du livre « Peinture/Sculpture 2014-2017 »
                                                                                            Éditions l’An Demain.

Le support le plus universel depuis presque mille ans, sur lequel furent consignés l’Histoire, les Sciences, les gravures d’images, les Philosophies, les religions, les guerres, les naissances, les morts ainsi que toutes les tentatives d’abouchement des hommes, fut le « Papier »… jusqu’à l’aube de ce troisième millénaire où les chimères numériques tentent de le « dématérialiser »… et où il perd sa préciosité et son rôle quasi souverain de support d’écriture, de mémoire, de toute connaissance, et du témoignage et de l’archivage, au profit de cette inconnue informatique, puissante mais délétère.
Et pourtant ses amateurs le vénèrent toujours autant, qu’ils soient bouquinistes, collectionneurs, ou simplement amoureux de tout papier écrit, imprimé, dessiné, illustré, peint, déchiré, de cellulose, de riz, de bambou; morceaux de journal, de lettre d’amour, de vieux sommiers de comptabilité, ou de journaux d’inventaire, de stock, de papiers peints, même de timbres...

Michel Danton le butine, le ramasse, le préserve, l’achète, le regarde, le lit, le recueille, et chaque papier qu’il collecte devient le matériau même de sa création.
Il va en coudre chaque morceau sur un autre, sur la tarlatane, à l’endroit, à l’envers, jouant des transparences, et des apparitions qui égarent les chimères du contemplateur, renforcées des lignes et des épaisseurs du point zigzag de la machine à coudre, proposant des rectos vides comme des invitations à folâtrer, et des versos grisés comme des inspirations ou des respirations partagées à écouter, à deviner.
S’ajoute alors la liberté de son fusain qui lie, ou démêle et vous égare encore du chemin de lecture que vous aviez emprunté.