"Recouvrance"
Odile de Frayssinet - Anne-Marie Jaumaud

Recouvrance

"Recouvrance"
Odile de Frayssinet
Anne-Marie Jaumaud

Format 21 x 21cm
20 pages, intérieur 250g


Odile de Frayssinet, artiste franco chilienne, vit dans le Gard...
Elle y installe sa vie de femme artiste dans la démesure grandiose d’un paysage à perte d’esprit et
de vue, dans une des ruines de ce passé médiéval qui fait voyager les pensées des femmes et des
hommes depuis des mémoires troublées jusqu’aux prémonitions parfois effrayantes d’un monde
en fin de cycle.
Là, elle collecte, cueille et recueille les dons des hasards et des inattendus fortuits que lui offre les
terres d’alentour, qu’elle tisse en de grandes tapisseries murales aux couleurs de vie.
Quelques années... passionnément...
Puis ces tissages tendus et muraux se transcendent en puissantes stèles, érigées, déplaçables et
creuses, toujours tissées de l’omniprésente ficelle agricole en polypropylène, sur une cage de fil
de fer soudés, puis brûlées, fondues, poncées, peintes et patinées de terres, de sables, d’oxydes, de pigments, de cendres et de poudres de marbre en une recherche presque alchimique d’une nouvelle matière, solide, légère, anoblie de la toute puissance du travail et de l’oeuvre...
Ces stèles s’assemblent en foule, en groupe, en permanence, en hasard, jusqu’au bout de l’hallucination pour tous... ou de la communion avec toutes Celles qui se trouvent ou se reconnaissent dans ces grandes « Érigées » vides et les remplissent des terreurs de leurs libertés (souvent) séquestrées, au fil des temps, quelques soient les mondes.
« Elle » y devient Charon le passeur, entre les mondes vivants et les mondes entrevus. Pour cela, elle matérialise des barques qui transportent les Croyances et les Âmes qu’elles accompagnent d’objets essentiels et d’essentiels riens et de quelques rêves pour créer d’hypothétiques ailleurs.
Si la barque à peine évoquée passe, les stèles demeurent et installent le temps dans des consciences ignorantes à toute recouvrance... incertaines... désespérées... violées...
AMJ



Anne-Marie Jaumaud
Des miens, des nôtres, des milliers de nôtres ont sombré dans les eaux profondesd’un inacceptable oubli...
Parmi ceux-là, par dizaines, par centaines, de ces traverseurs pleins d’espoirs désespérés et d’enfants trop sérieux sont supprimés des mémoires, arrachés au temps
dans notre triste temps
Maintenant je les sens, toutes et tous, là, ces tremblantes présences apeurées et acculées à former la vague de l’océan, à en gonfler les tréfonds et à susurrer à défaut
de pouvoir rugir leurs effrayantes histoires mêlées et conservées dans les néants, jusqu’aux moments de la fin annoncée et redoutée de toutes les vies de notre seule
planète.
Je sens aussi leur forces éteintes dans des profondeurs où le soleil judas ne réchauffe plus aucun sourire...
Je sais aussi que le Fleuve roule et dissimule toutes vilenies de cette eau de vie criminellement polluée, vers cette mer embarbelée… Il y a des enfants sans parents… et des parents orphelins de leur descendance.
Je pense aussi que chaque fissure et chaque montagne et chaque vallée procèdent de la même vie en sursis, telle la nôtre, et comme toutes les autres, condamnée par la vulgarité des égoïsmes incultes qui in fine, disparaîtront aussi... Sous la démence du soleil qui se sais plus que brûler...
Anne-Marie Jaumaud