Laurent BONNEAU  / Jean-Christophe ALIX  du 13 juillet au 31 août 2016

Sous l'œil de Laurent Bonneau, Narbonne s'étale et se vautre, s'enroule et fait la belle, la mystérieuse, l'éternelle, la guerrière qui offre mille provocations dont nous avons oublié les origines.

Narbonne respire et affiche sa propre gesticulation. Elle initie qui le mérite, avec discernement, à quelques secrets de ses cheminements occultes et individuels, mais apprivoisée elle se dévoile à la sincérité du regard tranquille de ce jeune dessinateur surdoué qui nous ouvre les sésames de quelques unes de ses portes.

Il nous invite à l'osmose et nous prenons  de la hauteur à regarder notre ville, du haut de clochers prestigieux ou de fenêtres d'appartements accueillants et haut perchés qui ouvrent pour nous la perpective d'une fuite d'un quotidien obligatoire vers le monde si paisible où seule l'inspiration du moment va nous conduire à d'autres découvertes, là où tous les autres jours on a  oublié de voir, ou de regarder.

Toutes les obligations s'estompent et on se surprend à flotter au carrefour de cette vision  du connu, et d'y atterrir tout ouvert à d'autres perceptions libérées de la mensongère habitude.
La Narbonne des âmes éveillées et tranquilles... fin des bruits qui font trébucher l'attention: le  silence et l'admiration des dessins qui font résonner de "oh" et de "ah" notre curiosité endormie...

Exit les voitures insolentes et agressives... Elles deviennent de grosses bulles vides prêtes à s'effacer. Les ponts, les rues, le Canal, les Barques chargées de passé populaire nous invitent à cheminer consciemment et au gré des invitations que la ville distille pour chacun de nous.

Laurent Bonneau est un passeur qui nous transporte avec beaucoup de fraîcheur dans une adhésion sans limite à la ville et permet de considérer ce livre qu'il vient d'éditer comme un des Livres d'Heures de notre propre vécu.
                                                                                         AMJ


Une fois encore, Jean-Christophe Alix nous interroge sur l'immédiateté de nos évidences et nous offre ici l'occasion d'écrire, pour notre seule et intime lecture, les champs des possibles interprétations des objets capturés, avec ce même talent inquisiteur, circoncit, et chirurgical dont il use jusqu'à nous rendre totalement responsables de nos compréhensions les plus osées ou les plus prudemment retenues....

Qu'importe le drôle ou l'absurde, le juvénile ou le sage découvrant  la précision incisive avec laquelle Jean-Christophe Alix tourne et inverse, dissèque et répète l'objet, individualisé, constitué en couple ou en société, il nous place dans le temps qui passe  avec la  permanence de l'objet comme archétype, qui au final se transforme en  machine à fantasmes.
La frontalité que nous éprouvons devant son travail nous bouscule, nous chamboule et active l'immense prodigalité de cet artiste à nous saisir pour transformer un peu de ces  certitudes qui nous pontifient et nous poncifient, loin du magique qui nous entoure toujours et encore.

Ce travail photographique et plastique, obsessionnel, incantatoire, sans début ni fin, qu'il nous dévoile ici, chargé de tendresse et d'ironie sur nous même, nous imprègne, image après image, des forces et des liens qui se tissent entre notre aspiration à être unique et notre appartenance au foisonnement exponentiel des êtres presque identiques qui nous entourent...  presque !!

AMJ

Une présentation vidéo de l'exposition